Me voilà donc définitivement retiré des affaires, à déposer ma petite fille dans sa classe maternelle, et puis sortir accrocher son manteau au porte-manteau avant de faire demi-tour. Il y a quelques mois, je me serais dirigé vers le bureau, j’aurais salué les enfants, sorti mon cahier et attendu que la maîtresse prenne sa classe en main. L’avantage, c’est que je peux maintenant bavarder avec les autres mamans… Pas de bol, la sympathique jeune femme à qui je parle a justement un mari qui l’attend dehors.
C’est une école colorée, classée difficile sans doute, mais riche de sa diversité. Couleurs de tous ces visages, lait, chocolat, cannelle, richesse des cultures, Viet-Nam, Turquie, Afrique, Magreb, Comores, Bretagne, et même un peu de France. Mais pas trop, la peur règne aussi en Bretagne, peur de l’autre, peur de l’étranger. On n’est pas raciste, alors on se cache donc dans des classes bilingues, plus facile pour garder bonne conscience – c’est pour sauvegarder la langue bretonne – ou alors, plus décomplexé, à l’école catholique voisine, bien plus blanche, bien plus terne.
On est loin des petites maisons de granite, des pen ti éparpillés en petits bourgs. Ici, ce ne sont que mellad ti, vilains blocs pour pauvres, malgré les ombres qui jouent sur les façades des années soixante, ensembles plus avenants dans les dernières années du siècle, avec un petit côté Versailles.
Et ce soir, à la tombée de la nuit, promenade dans les bois, couleurs d’automne.




